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© liz davidson 2006-10, tous droits réservés

Voici la première grande série qui a jailli après que j’aie eu décidé de cesser de concevoir des vêtements. J’ai commencé à peindre à l’été 1991, après avoir entendu le poète américain Robert Bly et la psychanalyste jungienne Marion Woodman parler de la créativité. Le thème de la conférence était « L’Ombre », ce qui, en termes jungiens, réfère à la partie de nous-mêmes que, simultanément, nous réprimons et refusons de reconnaître comme faisant partie de notre nature. Bly et Woodman étaient catégoriques dans leur conviction que ces actes de répression et de déni consomment de l’énergie, une énergie qui pourrait autrement être exploitée à des productions plus positives. Inutile de dire qu’une fois revenue à la maison, j’ai entrepris avec empressement de rechercher mon Ombre. Je me disais : laisse cette affaire-là sortir et regarde-moi bien aller – rien ne va m’empêcher de produire maintenant! La réalité s’est avérée quelque peu différente!

J’ai longtemps été fascinée par les procédés de copie – agrandissement, réduction, combinaison d’images pour en créer de nouvelles, tout comme la juxtaposition du mot et de l’image. J’utilise des images photocopiées sur les vêtements depuis 1988. Des mots ont commencé à faire leur apparition sur les vêtements en 1989, mais je savais que je voulais utiliser mes mots et non ceux de quelqu’un d’autre. Même si j’ai cessé de faire des vêtements en 1990, je suis demeurée fascinée par le potentiel de la photocopie comme médium. J’ai fait de très grandes copies d’un ange (l’ange que je devais appeler Le Gardien des secrets plus tard dans la série). J’ai collé les copies sur le mur de mon studio et j’ai rapidement oublié ce que j’avais l’intention de faire avec. Ainsi, l’ange est-il demeuré collé, en position assise, sur mon mur jusqu’en juin 1991 (après la conférence Bly/Woodman). C’est alors là qu’enfin, j’ai su quoi en faire. Je l’ai découpé et collé sur un canevas – puis je lui ai ajouté des bras – puis de la couleur – puis des applications de vernis lustré et mat.

Les images utilisées dans cette série ont été prises, pour la plupart, à partir d’une magnifique série de livres Dover – la plupart, des gravures sur bois du 19e siècle – souvent utilisés par les artistes, les illustrateurs et les graphistes, parce qu’ils sont libres de tous droits d’auteur.

Mais il me manquait encore quelque chose.

Laissant de côté l’œuvre, je me suis mise à lire Left Hand Mind, un recueil de poésie écrit par un ami, Richard Sommer. Je me souviens alors d’avoir discuté avec lui de son processus d’écriture dans ce livre. Nous avons tous une main dominante et une main non dominante. Pour la plupart d’entre nous, la main dominante est la main avec laquelle nous écrivons. Le volume explique que l’utilisation de la main non dominante permet à une personne de contourner la partie logique, analytique, du cerveau et d’avoir accès à la partie plus intuitive, la sensibilité. Je me suis assise à mon bureau et j’ai commencé à écrire de la main gauche. Finalement, les mots que je tentais de débloquer ont jailli, avec une clarté particulière et dans une voix qui était presque naïve, comme celle d’un enfant. Maintenant le défi consistait à transférer ces mots en peintures. Dans les versions précédentes, les mots étaient écrits avec ma main droite, si bien qu’ils allaient être lisibles, même si je n’étais pas certaine de vouloir que d’autres les lise. Alors, quand j’en suis arrivée à ma cinquième peinture, j’ai compris que le style d’écriture se devait d’être moins personnel, plus détaché de ma propre calligraphie..

Quand j’ai eu fini les peintures, j’ai placé un rouleau de papier de 25 pieds de long sur le plancher du studio. J’ai collé les plus petites photocopies de l’œuvre en séquence et j’ai constaté que j’avais le récit d’un voyage – mon voyage – mais un de ces voyages que nous entreprenons tous comme êtres humains, il me semble. Avant de poser les petites copies par-dessus les plus grandes images, j’avais fait le travail, mais sans en obtenir de sens pour l’ensemble.

Une fois les images colorées et de nouveaux mots placés sur les pages, mes amis Sharon Taylor et Marusha Cole, qui sont des relieuses, m’ont montré comment fabriquer des couvertures. Et voilà comment le livre Secrets de l’âme a pris forme.

 

Plans de navigation

Depuis un moment déjà, je sens le besoin de représenter graphiquement l’essence de chaque poème ou narration (ou, comme Stansje les appelle, des psaumes) pour établir un lien entre eux et tracer de façon encore plus concrète en termes psychologiques le parcours de l’héroïne. Tous, nous connaissons bien le parcours du héros : celui-ci franchit habituellement de grandes distances, affronte nombre de situations étranges et souvent vient au secours de la jeune femme. Mais qu’en est-il du parcours de l’héroïne? Pour moi, celle-ci me semble toujours laissée quelque peu sans défense et son parcours, lorsque raconté, ne semble pas aller beaucoup au-delà d’un mariage avec un prince charmant. Que lui reste-t-il d’autre à trouver, quoi d’autre pour l’interpeller, pour l’aider à devenir plus pleinement « elle »? Je me suis prise à me demander à quoi rime finalement cet archétype de parcours – pourquoi l’emprunter – quels sont les dangers et les gratifications? Pour moi, ce parcours (Les Secrets de l’âme) est essentiellement féminin; par féminin, je veux signifier non seulement une fonction biologique, sexuelle – mais aussi qu’il s’inscrit dans l’essence matérielle fondamentale même que possèdent tant l’homme que la femme, tout comme autant l’homme que la femme possèdent la matière fondamentale masculine. Il était temps de tracer les grandes lignes de ce parcours largement méconnu ou caché.

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